Quand on pense à la culture espagnole, qu’est-ce qui nous vient à l’esprit ? Des danses endiablées sur une table, un verre de vin partiellement renversé et une guitare qui résonne dans le cœur de chaque Espagnol. Mais qu’en est-il du duende, ce concept qui repose sur la vie et l’art ?

Ce n’est généralement pas quelque chose dont on entend parler dans la vie de tous les jours. Cet article a pour but de vous aider à comprendre de quoi il s’agit.

D’où vient le mot duende?

L’étymologie du terme “duende” n’est pas claire, malgré de nombreuses études sur le sujet. L’origine latine du mot, (spiritus) ou “esprit”, semble évidente à première vue. Mais qu’entend-on par “duende” ?

Comme le mot espagnol pour esprit, “alma” (âme), qui est dérivé du mot grec “psyche”, duende fait référence à la fois à un esprit grec et à un démon. Pour cette raison, de nombreux auteurs qui ont étudié ce terme ont préféré l’associer au démon qui enlève les enfants.

Dans les pays hispanophones, le duende était également utilisé pour désigner un gobelin ou un fantôme. Selon certains auteurs, le duende aurait été dérivé du nom d’un dieu romain nommé Faunus ou Dionysos, devenu célèbre dans la Grèce antique sous le nom de Pan.

Ce dieu est représenté mi-chèvre mi-homme, avec des cornes et des sabots. Il est également representé jouant sur des pipes et des flûtes. Il est considéré comme un esprit de la nature et de la fertilité, mais aussi comme un esprit malicieux qui aime jouer des tours aux voyageurs.

Comment ce concept étranger est-il entré dans le vocabulaire espagnol ?

Le mot “duende” vient de l’espagnol qui signifie “lutin”, c’est un être surnaturel qui fait partie du folklore de nombreux pays, mais aussi une figure commune dans les légendes et les histoires.

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Dans la culture espagnole, le duende est un petit démon dont le seul désir est de jouer des tours aux humains. On dit qu’il a un goût particulier pour les enfants, car ils sont faciles à tromper et ils croient facilement à ses histoires.

Le duende n’a rien de méchant, il ne fait jamais de mal aux gens, au contraire, il aime les taquiner sans les blesser. Il peut être très espiègle, il joue avec les tout-petits pour les faire rire et se moque parfois des adultes en leur faisant peur.

Cette créature peut s’incarner dans n’importe quel animal ou être humain, il n’est pas toujours facile de la reconnaître !

personnage de duende

Le duende dans la littérature

Dans le domaine de l’art, le mot a pris un sens plus profond. Pour Federico García Lorca, c’est une force qui vient de l’intérieur d’un artiste pour émouvoir le public. Ce serait une énergie qui nous permettrait de vibrer par son intensité et sa magie.

Le duende apparaît dans les textes littéraires en 1923, lorsque Federico García Lorca donne une conférence à la Residencia de Estudiantes intitulée “Jeu et théorie du duende”.

Dans cette conférence, il définit le duende comme suit :

Le duende n’est pas seulement une puissance émotionnelle mais aussi intellectuelle. Il crée un sentiment de crainte devant le mystère des choses et conduit à rechercher ce à quoi d’autres personnes renoncent par paresse ou par manque d’imagination.

Federico García Lorca était un poète espagnol qui a été assassiné par les soldats de Franco pendant la guerre civile espagnole. Il a écrit de nombreux poèmes tels que “La plainte d’Ignacio Sánchez Mejías” ou “Romancero Gitano”, qui lui ont valu de nombreuses récompenses internationales, dont la plus haute distinction de l’Union européenne.

Le duende au cinéma

Le cinéma, en tant que moyen d’expression et art aussi important que la musique ou la peinture, ne pouvait échapper au duende. Le film est un outil formidable pour exprimer les émotions et les sentiments, et c’est précisément ce qui rend le flamenco si attrayant pour le spectateur.

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En fait, l’un des premiers films que l’on peut considérer comme “duendesco” a été réalisé par Carlos Saura en 1983 : il l’a intitulé “Flamenco”. Selon les propos du réalisateur, il voulais s’approcher de l’âme du flamenco, car il la considère comme un territoire intouchable que seuls les artistes et ceux qui ont quelque chose de spécial en eux peuvent atteindre.

Dans ce film, Saura nous fait visiter tous les aspects du flamenco : de ses origines à son évolution ultérieure. Le réalisateur nous montre que le flamenco est bien plus que de la danse et du chant : il s’agit aussi de partager des sentiments et des émotions avec le public.

Exemple avec le film “Le Grand Bleu” de Luc Besson, où ce concept du duende est maîtrisé par le réalisateur et par l’acteur Jean-Marc Barr (Johhny Blue).

L’histoire de ce film est inspirée de l’histoire de Jacques Mayol, champion du monde de plongée libre. Le protagoniste, Enzo Molinari (Jean Marc Barr) se retrouve entre deux amours : celui pour son ami Jacques Mayol (Jean Reno) et celui pour son art, la plongée. À chaque immersion, il parvient à aller de plus en plus profond grâce à sa technique de respiration particulière.

Le duende dans ce film est incarné par Johnny Blue et notamment lorsqu’il plonge dans l’océan pour retrouver son ami Enzo qui vient de plonger à 300 mètres de profondeur. Cette scène est très poétique, car lorsque Johnny descend, il semble que tout devienne silencieux autour de lui, il n’y a plus de bruit humain, seul le son de la nature est perçu (le son de l’eau).

Le duende et Federico Garcia Lorca

garcia lorca

Nous commençons notre enquête avec Federico Garcia Lorca qui a donné sa vision du duende (ou plutôt sa représentation) dans ses écrits, notamment dans le texte ” Jeu et théorie du duende ” publié en 1933 :

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Il indique que le jeu est indépendant de l’intelligence. Il veut dire que le jeu est plus proche de ce que nous appelons le duende. Le duende n’est pas une attitude intellectuelle ou une technique, dit l’auteur qui affirme qu’il s’agit plutôt d’une force et d’un pouvoir mystérieux que tous les hommes peuvent révéler et que personne n’a jamais découvert.

Le duende en musique

Le duende est le nom d’un tempérament que l’on retrouve chez certains chanteurs de flamenco. Le terme, qui vient du mot espagnol “dueño”, signifie être possédé par une entité : le démon de la musique.

Cependant, il ne s’agit pas de devenir fou, mais plutôt de réussir à exprimer cette émotion au public. Le duende demande énormément de travail et d’expérience pour pouvoir le maîtriser.

Le duende est souvent confondu avec un état d’enthousiasme ou d’excitation. Cependant, il faut plutôt le considérer comme une attitude qui naît à l’intérieur de l’artiste lui-même et qui le conduit à entrer en communication avec son public à travers son art. Un artiste qui possède le duende sera capable de rendre de chaque performance unique, comme s’il improvise.

Duende et flamenco

Le guitariste de flamenco Paco de Lucía a dit à propos du duende que c’est quand vous êtes sur scène et que vous ressentez quelque chose de magique qui vous fait oublier tout le reste.

Le flamenco a été décrit comme une expérience émotionnelle d’une grande intensité. Il se caractérise par un sentiment profond qui semble venir de l’intérieur et susciter toutes sortes d’autres sentiments : colère, joie, mélancolie…

Le duende n’est pas un concept qui peut être défini facilement par des mots, mais plutôt un concept qui doit être ressenti.

L’état émotionnel du duende est tel qu’il rend une personne capable de tout, même si cela signifie risquer sa propre sécurité et son bien-être au nom de l’art. En bref, atteindre le duende implique de prendre des risques afin de réaliser des exploits impossibles.

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